Après les deux catastrophes industrielles qu’étaient Modern Warfare 3 et Black Ops 7, Call of Duty tente un retour en force avec un épisode plus ambitieux, mené par le studio-phare d’Activision-Blizzard, Infinity Ward.
À retenir
- Modern Warfare 4 est un nouvel opus de la série des Call of Duty, développé par le studio Infinity Ward.
- Le titre propose une campagne solo très solide, du multijoueur en ligne et un mode extraction baptisé DMZ.
- Après deux épisodes très décevants, la série renoue avec le succès avec un opus plus ambitieux.
C’est devenu presqu’une tradition pour les fans. A l’approche des fêtes, chaque année, Activision Blizzard nous livre un nouvel épisode de sa série culte des Call of Duty. Seulement voilà, depuis quelques années, la licence se porte un peu moins bien. Certes, on avait l’habitude d’épisodes en dents de scie avec les épisodes livrés par les moins talentueux de l’écurie : Black Ops 4 en 2018 avait été très critiqué pour l’absence de mode solo, Vanguard en 2021 était un jeu assez moyen, mais rien ne nous avait préparé au drame du milieu des années 2020. En 2023, Sledgehammer, le studio Activision qui a sans doute le moins de talent, avait ainsi livré un Modern Warfare 3 excessivement décevant, égratignant à tout jamais l’image de la franchise. L’épisode avait été suivi l’année suivante par le beaucoup plus réussi Black Ops 6 de Raven Software et Treyarch – l’un des studios qui maîtrisait le mieux son sujet jusqu’ici. Et là, c’est la catastrophe, car l’année suivante, Treyarch nous livre déjà un nouvel opus, développé en un temps record. Black Ops 7 est considéré comme l’un des plus mauvais épisodes de la série, avec son univers Scifi sans queue ni tête, sa campagne solo courte et peu intéressante et ses très mauvaises idées (l’intégration de puzzles, ses mondes ouverts fades). C’est un fait, la franchise avait besoin d’un reboot en bonne et due forme, et quel meilleur studio que Infinity Ward, créateur de la saga, pour lui redonner du souffle ?
Paradoxalement, malgré les fiascos en série, Activision-Blizzard n’a pas remis en question sa stratégie. Il a décidé de continuer comme si de rien n’était la franchise en nous livrant un quatrième épisode de la série des Modern Warfare. Après tout, la licence a déjà connu des hauts et des bas et l’éditeur s’est sans doute dit qu’elle se remettrait de ces quelques échecs… Et s’il est vrai que les fans inconditionnels vous diront que la série a connu son âge d’or au début des années 2000 avec les deux premiers volets, Modern Warfare en 2007, puis sa suite et le premier Black Ops, il faut reconnaitre que la série avait opéré également un joli retour sous le feu des projecteurs avec le reboot de Modern Warfare en 2019 et sa suite en 2022. Caractéristique de tous les meilleurs opus de la saga ? Ils ont tous été développés par Infinity Ward.
Il y avait donc de quoi être impatient avec cet épisode, car Infinity Ward incarne depuis toujours l’ADN le plus pur de la franchise. Et Modern Warfare s’impose à ce titre comme un joli retour aux sources.
Côté solo tout d’abord, on retrouve une campagne solide, qui vous tiendra en haleine de 7 à 12 heures – selon le niveau de difficulté choisi et les missions secondaires -, campagne en soi très réussie qui nous fait vivre les premières heures d’un conflit majeur entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Et on le sent, le studio a fait de gros efforts pour nous immerger de la meilleure des façons dans son scénario, en prenant parfois de très gros risques avec la narration. Une partie de l’intrigue est ainsi vécue du point de vue des dirigeants nord-coréens, de fantassins en première ligne et d’agents œuvrant dans l’ombre. Infinity Ward a également donné à son jeu une ambiance très sombre. Le récit est parsemé de morts sanglantes, de disparitions tragiques de personnages centraux et de séquences parfois extrêmement difficiles (morts par pendaison, assassinat de civiles,…)
Globalement, le scénario du jeu est prenant, même si on regrette quelques raccourcis dans les derniers chapitres, une fin de parcours trop abrupte et un « ventre mou » avec des séquences de jeu qui ont tendance à s’éparpiller sur tous les continents « pour nous faire voir du paysage ». L’intrigue perd ainsi en intensité. Dommage. Dommage également que le fond de l’histoire repose en définitive sur un xième complot, qui se joue en coulisses. Du grand classique. Donner plus d’importance au conflit coréen, aux différents acteurs principaux et aux rôles clés, aurait sans doute permis à cet épisode de dérocher le nirvana. En l’état, si Modern Warfare 4 reste un bon épisode, il souffre d’une structure parfois trop complexe, avec des flashbacks et fast forwards incessants et surtout des missions à la qualité trop variable. Certains chapitres vous font vivre des moments d’exception : l’assaut contre le palais royal, les affrontements dans les rues de Paris, la survie dans les contrées enneigées de la Corée… D’autres passent beaucoup moins bien : les séquences d’infiltration beaucoup trop simplistes et linéaires (mais pourquoi diable Infinity Ward insiste-t-il avec celles-ci ?), les combats au corps à corps, fades et répétitifs, les séquences en open-world franchement pas nécessaires (la formule linéaire fonctionnant beaucoup mieux) ou encore les quelques séquences de plates-formes (sic).
Qu’on se le dise, malgré ces impairs, cette campagne de Modern Warfare 4 est l’une des meilleures de ces 10 dernières années. Elle n’est certes peut-être pas aussi marquante que celle de Modern Warfare et Modern Warfare 2, mais elle n’en reste pas moins efficace. Là où le jeu brille, c’est dans son scénario, sa mise en scène et les nombreuses cut-scenes, qui apportent un vrai plus.
Côté gameplay, le jeu se positionne reste très proche de Modern Warfare 3, avec un gameplay nerveux et modernisé. Call of Duty a à ce nouveau trouvé le bon équilibre entre action et précision avec une panoplie de mouvements qui permettent de rester très mobile tout en offrant une belle précision dans les combats également.
Autre atout du jeu : sa réalisation. Modern Warfare 4 est le premier opus « new gen only » (enfin !), le premier à ne tourner que sur PS5 et Xbox Series, et pas sur PS4 ou Xbox One. Forcément, visuellement, on le ressent avec des décors beaucoup plus chargés en détails, de jolis effets visuels et un framerate qui tient bon. Certes, ce n’est pas une claque monumentale mais le jeu surclasse sans difficulté ses prédécesseurs et s’impose comme l’un des plus jolis jeux du moment. Les effets visuels y sont pour beaucoup, qu’il s’agisse des ombres et objets qui se reflètent sur le sol mouillé ou des flammes qui jaillissent d’un bâtiment en feu.
Les puristes vous le diront toutefois : un Call of Duty n’est pas un vrai Call of Duty sans un mode multijoueur solide. Et MW4 n’échappe pas à la règle. Le focus est toujours placé sur des affrontements en 6 contre 6, dans les modes de jeu Match à mort par équipe, Domination et Recherche & Destruction. On note quelques nouveautés intéressantes dont le mode Collatéral, similaire à Counter Strike, dans lequel le joueur ne voit pas sa santé regénérée entre chaque match et doit acheter des armes avec l’argent gagné à la partie précédente. La formule fonctionne étonnamment bien, au point de vite devenir addictive. Même constat pour le mode Guerre Terrestre, inspiré de Battlefield, à 64 joueurs, qui propose de progresser sur le terrain avec sa faction pour faire avancer la ligne de front. Trois cartes sont au programme et Activision a sensiblement changé les règles du jeu puisqu’il est désormais possible de faire apparaitre des véhicules de renfort. Les autres modes de jeu sont un peu plus anecdotiques : on retrouve un mode capture du drapeau amélioré, dans lequel deux équipes vont tenter de s’approprier un drapeau placé au centre de la carte, ça tourne vite en rond et manque d’ambition. Inflation propose de récupérer un max d’argent en éliminant des ennemis – bof. Et enfin Secteur Létal, une carte modulable composée de trois zones distinctes. La particularité : e terrain change et se réorganise aléatoirement entre chaque manche. En théorie, c’est censé apporter de la fraicheur et un renouvellement constant de la map. Dans la pratique, ça reste un 10 contre 10 classique.
Reste enfin à évoquer le mode DMZ, le mode « Extraction » du jeu, gros composant de ce volet. On est catapulté sur une carte gigantesque seul ou à trois, avec l’objectif de récupérer du loot et parvenir à s’enfuir vivant. En cas de mort, vous perdez tout le matos acquis. Amusant le temps de quelques parties, mais on tourne vite en rond. La formule fonctionne toutefois, la carte de jeu est assez réussie et si vous adhérez à la formule des extraction shooters, il y a de quoi s’amuser, mais ne vous attendez pas à la nouvelle référence du genre. Activision a soigné son entrée, sans oser se distinguer de la concurrence.
Mais alors, que faut-il penser de Modern Warfare 4 ? Beaucoup de bien. Infinity Ward redonne un peu de souffle à la série, ose prendre des risques sur le plan narratif, et nous livre l’un des meilleurs Call of solo ET multijoueur de ces dernières années. Alors certes, MW 1 et 2 étaient meilleurs, mais ce MW 4 n’en reste pas moins une vraie bonne surprise pour les fans et un solide jeu multijoueur pour la fin d’année.










