Votre forfait mobile est déjà réglé chaque mois, mais il pourrait bientôt ne plus suffire pour surfer. En France, Orange commercialise désormais un Fast Pass 5G+ à 5 euros, qui donne un accès prioritaire au réseau quand celui-ci est engorgé. A l’horizon, un internet à deux vitesses se dessine déjà.
À retenir
- Orange vend un Fast Pass 5G+ à 5 euros qui ouvre l’accès à une bande passante réservée lorsque le réseau est très sollicité.
- L’option ravive le débat sur un Internet à deux vitesses, sans pour autant enfreindre automatiquement la neutralité du Net.
- Verizon propose déjà un service similaire aux États-Unis, un précédent qui pourrait inciter d’autres opérateurs à suivre le mouvement.
Les coupe-files des parcs d’attractions, ces tickets en supplément qui évitent de faire la queue, vous sont sans doute familiers. Orange applique aujourd’hui la même logique à l’Internet mobile. Depuis quelques jours, l’opérateur français commercialise une option nommée Fast Pass 5G+, pensée pour les abonnés qui veulent une connexion prioritaire dans les lieux bondés.
Le fonctionnement est assez simple. Vous êtes à un concert, dans un festival ou au stade. Des milliers de spectateurs dégainent leur smartphone en même temps, et le réseau mobile peut alors ralentir fortement. Parfois, même partager une photo sur WhatsApp tourne au parcours du combattant.
Pour régler ce problème, Orange propose un pass qui donne accès à une bande passante réservée. Celle-ci se déclenche dès que la cellule mobile affiche un taux d’occupation de 80%. Selon l’opérateur, les clients concernés peuvent alors obtenir des débits jusqu’à deux fois supérieurs.
Malgré son nom, le Fast Pass ne s’arrête pas pile au bout de 24 heures : il reste actif jusqu’à 23h59 le jour suivant son activation. Activé de bon matin, il couvre donc presque deux journées entières. Il est aussi possible de le programmer à l’avance, et il n’est pas reconduit automatiquement.
Plusieurs conditions s’appliquent néanmoins. Il faut un forfait Orange compatible, un smartphone capable de capter la 5G+ et une zone couverte par cette technologie, en particulier sur la bande des 3,5 GHz. L’offre est limitée à la France métropolitaine.
Autre nuance de taille : payer n’assure pas forcément une meilleure connexion. Orange admet qu’une saturation extrême, une couverture insuffisante ou un trop grand nombre de clients équipés du Fast Pass peuvent réduire son efficacité. L’opérateur ne promet donc aucun débit minimum.
La neutralité du net en danger ?
Le débat touche directement à la neutralité du Net, un principe qui oblige notamment les fournisseurs d’accès à traiter contenus et applications sans discrimination injustifiée. En Europe, ce principe est garanti par un règlement en vigueur depuis 2016. Il interdit en particulier aux opérateurs d’avantager arbitrairement certains services en ligne aux dépens de leurs concurrents.
Prudence toutefois : vendre plusieurs niveaux de débit ou de qualité de service n’enfreint pas automatiquement ces règles. Les autorités européennes tolèrent certaines différenciations techniques, à condition de respecter des garde-fous précis. Le Fast Pass d’Orange ne revient donc pas à privilégier Netflix, YouTube ou WhatsApp en particulier. La priorité est accordée à certains abonnés, quelles que soient les applications qu’ils utilisent.
Tout l’enjeu est de savoir si cette bande passante réservée pourrait, dans certains cas, pénaliser les autres utilisateurs. Orange présente son système comme un accès à des ressources déjà dédiées, et non comme un bridage délibéré des abonnés classiques.
Le débat de fond n’est pas tranché pour autant. En multipliant les options prioritaires, ne court-on pas le risque de faire passer une bonne connexion pour un privilège payant, plutôt que pour un service ouvert à tous ? Ne l’oublions pas, l’argument mis en avant est celui de la congestion du réseau. Pour l’instant, cette différence ne joue que dans les situations de forte affluence. Mais qu’en sera-t-il demain ? On peut tout à fait imaginer des forfaits proposant plusieurs niveaux de priorité, selon le montant payé chaque mois.
Et si la concurrence emboîtait le pas ?
Le plus préoccupant, c’est qu’Orange n’est pas l’inventeur de ce modèle. Outre-Atlantique, Verizon commercialise déjà un service très proche, appelé Express Pass. Moyennant 5 dollars, ses clients obtiennent des données mobiles prioritaires pendant 24 heures, dans la limite de 6 Go.
D’autres opérateurs américains hiérarchisent aussi les connexions. T-Mobile admet notamment attribuer des niveaux de priorité différents selon le forfait et la marque commerciale, en particulier quand son réseau est saturé.
Des « essais » qui pourraient à uns plus large adoption de ce modèle économique, en cas de succès. Car on s’en doute, les autres opérateurs observent de très près ces premiers essais et il ne faudra sans doute pas attendre très longtemps pour que ce type d’offre se multiplie…










