Cinq années après son acquisition par NetEase Games, Grasshopper Manufacture redevient un studio indépendant. La société japonaise créée par Goichi Suda, dit Suda51, quittera officiellement le groupe chinois le 1er octobre 2026. Un cap nouveau pour une entreprise dont le parcours a toujours été rythmé par les changements d’actionnaires, les alliances inattendues et une farouche volonté de préserver son identité.
À retenir
- Grasshopper Manufacture s’émancipera de NetEase Games à compter du 1er octobre 2026 pour redevenir un studio indépendant.
- Suda51 justifie cette décision par l’envie de livrer des titres plus diversifiés et par le savoir-faire accumulé par Grasshopper en matière d’autoédition.
- Créé en 1998, le studio de No More Heroes a déjà traversé plusieurs existences, notamment sous GungHo puis NetEase.
Grasshopper Manufacture recouvre sa liberté. Le studio japonais a officialisé sa séparation d’avec NetEase Games, son propriétaire depuis 2021, effective au 1er octobre. La démarche fait suite à des pourparlers entre les deux entreprises et semble s’être déroulée en bons termes : Grasshopper tient d’ailleurs à maintenir des relations cordiales avec NetEase et n’écarte pas l’idée d’une nouvelle collaboration avec le groupe à l’avenir.
Pourquoi le studio opte pour l’indépendance ?
Grasshopper ne présente pas ce départ comme une rupture née d’un différend avec NetEase. La motivation invoquée est d’abord d’ordre créatif. Après ROMEO IS A DEAD MAN, les équipes disent avoir éprouvé l’envie de proposer des jeux dans une palette de styles encore plus étendue. Le retour à l’autonomie doit ainsi offrir au studio davantage de latitude pour sélectionner ses prochains projets et la manière de les commercialiser.
Un paramètre a nettement changé depuis l’acquisition de 2021 : Grasshopper considère aujourd’hui avoir substantiellement consolidé son expertise en autoédition. Le studio affirme détenir désormais plusieurs options pour lancer ses jeux, que ce soit en les publiant en interne ou en s’appuyant sur un partenaire externe. Cette marge de manœuvre nouvelle diminue mécaniquement l’intérêt de demeurer durablement sous la coupe d’une maison mère.
L’écart avec la configuration de 2021 est notable. Lorsque NetEase avait repris Grasshopper à GungHo Online Entertainment, Suda51 expliquait que son studio tirerait profit du financement du géant chinois, mais aussi de ses moyens techniques, de ses artistes et de ses équipes d’assurance qualité. NetEase s’engageait de son côté à laisser Grasshopper préserver son identité créative. Le programme annoncé consistait alors à livrer trois jeux inédits Grasshopper sur une décennie.
Cinq années plus tard, le studio semble estimer qu’il possède davantage d’atouts pour avancer seul. Grasshopper emploie actuellement une quarantaine de personnes selon son site officiel, une taille relativement contenue qui peut aussi rendre ce retour à une structure autonome plus aisé.
La fabuleuse épopée Grasshopper
Ce nouveau changement d’actionnaire s’inscrit, tout compte fait, assez fidèlement dans l’histoire mouvementée de Grasshopper Manufacture. Fondé par Goichi Suda le 30 mars 1998, le studio se fait vite remarquer avec The Silver Case, avant d’ériger peu à peu une réputation bâtie sur des jeux singulièrement atypiques.
Le déclic international arrive notamment avec killer7 en 2005. Coproduit avec Capcom, le titre impose plus largement la patte de Suda51 : direction artistique radicale, narration fragmentée et croisement de références cinéphiles, musicales et punk. Deux ans plus tard, No More Heroes érige Travis Touchdown en véritable emblème de Grasshopper. La franchise devient progressivement la propriété intellectuelle la plus reconnaissable du studio.
Grasshopper enchaîne ensuite les partenariats avec de grands éditeurs. Electronic Arts distribue Shadows of the Damned en 2011, tandis que Warner Bros. Games accompagne Lollipop Chainsaw en 2012. En dépit de budgets parfois plus confortables, Grasshopper préserve une production immédiatement identifiable et rarement conventionnelle.
En janvier 2013 survient une bascule bien plus profonde : GungHo Online Entertainment acquiert Grasshopper Manufacture et l’intègre à son groupe. Cette période voit notamment naître LET IT DIE, paru en 2016, tandis que Suda finit par reprendre directement les rênes de No More Heroes avec Travis Strikes Again puis No More Heroes III. GungHo conservera le studio près de neuf années durant.
En 2021, Grasshopper change une fois de plus de maison mère quand NetEase le rachète à GungHo. L’accord devait procurer à Suda51 des moyens accrus tout en sauvegardant son autonomie créative. Ce chapitre se referme aujourd’hui après cinq ans.
Grasshopper se retrouve donc quasiment à son point de départ : une entité indépendante façonnée par Suda51 et des créations qu’on ne saurait confondre avec celles de ses rivaux. À moins de deux ans de ses trente ans, le développeur entame ainsi un nouveau chapitre d’un parcours qui, à son image, n’a jamais vraiment respecté les règles.







