Quatre des plus grands opérateurs télécoms européens – Orange, Vodafone, Deutsche Telekom et Telefónica – discutent d’un projet commun pour concurrencer Starlink avec un service de communication par satellite. Objectif : permettre aux smartphones de rester connectés hors des réseaux traditionnels, tout en réduisant la dépendance du continent à Starlink.
À retenir
- Orange, Vodafone, Deutsche Telekom et Telefónica envisagent un consortium pour proposer des services satellite directement sur smartphone, mais aucune décision définitive n’a été prise.
- L’Union européenne prépare l’attribution de fréquences destinées aux communications mobiles par satellite afin de favoriser de nouveaux services et de renforcer son autonomie technologique.
- Starlink comptait 12 millions d’abonnements Internet fin juin 2026, soit deux fois plus qu’un an auparavant, grâce notamment à sa couverture, ses performances et la baisse de ses tarifs.
Selon des personnes proches du dossier interrogées par Bloomberg, les quatre groupes étudient la création d’un consortium susceptible de participer à une future procédure européenne d’attribution de fréquences. Aucun calendrier commercial ou nom de service n’est communiqué pour le moment en ce qui concerne ce projet qui ne garantit pas encore la naissance d’un tel service.
Une alliance pour reprendre la main sur les communications par satellite
Le projet s’inscrit dans une évolution réglementaire importante. Le 27 mai 2026, la Commission européenne a proposé une nouvelle procédure d’attribution de la bande de fréquences mobiles par satellite dite des 2 GHz. Les autorisations actuelles arrivent à échéance en mai 2027. Bruxelles souhaite mettre en place un cadre commun à l’ensemble des États membres, l’objectif étant que les futurs opérateurs puissent développer des services transfrontaliers.
L’enjeu dépasse la simple couverture mobile. Les fréquences constituent une ressource stratégique pour les communications civiles, les services d’urgence et la défense. En favorisant des acteurs européens, l’Union Européenne cherche à conserver le contrôle des infrastructures stratégiques.
Cette stratégie s’inscrit également dans le développement d’IRIS², la future constellation européenne de communications sécurisées. Le programme a franchi une nouvelle étape en août 2026 avec un accord de déploiement d’une constellation principale à 348 satellites, dont 330 en orbite basse et 18 en orbite moyenne. Les premiers lancements sont prévus à partir de 2029, ce qui nous laisse encore un peu de marge. Pour le moment, aucun élément ne permet toutefois d’affirmer que les quatre opérateurs construiront eux-mêmes cette constellation.
Comment un smartphone peut-il se connecter directement à un satellite ?
Le principe des communications satellite consiste à utiliser un satellite comme une extension du réseau mobile. Lorsqu’un téléphone compatible ne capte plus d’antenne terrestre, il peut établir une liaison avec un satellite situé en orbite terrestre, ce qui garantit une connectivité dans les zones reculées, dites blanches.
L’objectif est de compléter les réseaux 4G et 5G dans les zones difficiles à couvrir : montagnes, campagnes isolées, espaces maritimes ou régions touchées par une catastrophe. En Belgique il y en a peu, mais dans des pays plus grands comme la France ou l’Allemagne, il existe de nombreuses zones blanches, notamment dans les parcs nationaux. Le marché est principalement dominé par Starlink aux Etats-Unis.
Starlink : de l’Internet dans les zones blanches au satellite sur smartphone
Pour comprendre l’intérêt de cette offensive européenne, il faut revenir au fonctionnement de Starlink. Développé en parallèle de SpaceX, le service a commencé à être commercialisé auprès du grand public en 2020. Son principe repose sur une vaste constellation de satellites en orbite basse, généralement autour de 550 kilomètres d’altitude, qui transmettent Internet vers des antennes installées chez les particuliers ou les entreprises.
Contrairement aux anciens services satellitaires géostationnaires, dont les satellites se trouvent à environ 36 000 kilomètres de la Terre, cette proximité permet de réduire considérablement le temps de transmission. Starlink peut ainsi proposer une connexion adaptée à la navigation, au streaming, aux appels vidéo et, dans de bonnes conditions, au jeu en ligne. L’installation repose sur un kit comprenant notamment une antenne et un routeur Wi-Fi, avec un emplacement offrant une vue suffisamment dégagée du ciel. Il existe des kits fixes et mobiles.
En Belgique, Starlink commercialise actuellement des forfaits résidentiels à partir de 29 euros par mois pour une offre plafonnée à 100 Mbit/s, ce qui reste assez lent en vitesse de surf. Les formules à 200 Mbit/s et Max sont affichées respectivement à 49 et 69 euros par mois. Des abonnements itinérants existent également à partir de 40 euros.
Starlink développe parallèlement une activité distincte de connexion directe aux téléphones. Son réseau mobile compte notamment des partenariats avec T-Mobile aux États-Unis.
12 millions d’abonnements : une croissance spectaculaire
Et Starlink est un très joli succès. Le service comptait 12 millions d’abonnements au 30 juin 2026, contre 6 millions un an plus tôt. Il avait terminé l’année 2025 avec environ 8,9 millions d’abonnements et atteint 10,3 millions fin mars 2026. La société a donc gagné plus de 3 millions d’abonnements sur les six premiers mois de l’année.
Il convient toutefois de tempérer ces chiffres, puisqu’ils désignent des lignes de service Internet, et non 12 millions de personnes distinctes. Un foyer peut partager une connexion, tandis qu’un même client peut posséder plusieurs abonnements.
Fin juin 2026, SpaceX indiquait disposer d’environ 10 200 satellites Starlink opérationnels, dédiés au haut débit et aux communications mobiles.
Pourquoi Starlink rencontre-t-il un tel succès ?
La première raison est simple : Starlink répond à un besoin que les réseaux traditionnels ne couvrent pas toujours correctement. Dans une zone où la fibre n’est pas disponible et où la 4G reste insuffisante, installer une antenne satellite peut être beaucoup plus rapide que d’attendre le déploiement d’une nouvelle infrastructure terrestre. Le service intéresse ainsi les ménages ruraux, les résidences secondaires, les entreprises isolées, mais aussi les bateaux, les avions et les professionnels en déplacement.
Les performances ont également évolué pour rendre l’Internet par satellite plus attractif qu’autrefois. Les débits atteignent désormais 225 Mbit/s aux heures de pointe, ce n’est pas au même niveau qu’une ligne fixe, mais c’est assez rapide pour la plupart des usages. Aux Etats-Unis, de nombreux clients l’utilisent pour surfer, regarder la TV ou jouer en ligne.
Son autre avantage réside dans son intégration industrielle. SpaceX conçoit ses satellites, exploite ses lanceurs et peut réutiliser les premiers étages de ses fusées Falcon 9. Cette organisation lui permet de déployer régulièrement de nouveaux satellites, d’augmenter la capacité du réseau et de renouveler progressivement ses équipements. Les lancements fréquents ont joué un rôle décisif dans la constitution d’une constellation que peu de concurrents peuvent aujourd’hui égaler.
Enfin, Starlink a élargi sa clientèle grâce à des tarifs plus accessibles et à une présence internationale croissante. SpaceX explique que le développement de forfaits moins chers et son expansion hors USA ont permis de faire baisser le revenu moyen de 85 à 66 dollars par mois en un an. Le service est plus accessible pour les consommateurs et devient une vraie alternative aux abonnements mobiles classiques.







