Malgré les suites reprenant la formule et les nombreuses imitations, The Legend of Zelda : Ocarina of Time reste indétrôné dans le cœur d’innombrables personnes. Le premier Zelda 3D a bouleversé toute l’industrie vidéoludique en apportant de nombreuses innovations à une époque où tout restait encore à inventer. Retour sur les raisons qui font de lui l’un des titres les plus importants de l’histoire du jeu vidéo.
À retenir
- Zelda : Ocarina of Time est un succès critique et commercial fulgurant, vendu à 2,5 millions d’exemplaires en un peu plus d’un mois.
- Le titre propose plusieurs innovations qui ont façonné le jeu vidéo en 3D.
- Ces dernières ont eu une influence majeure pour les développeurs du monde entier.
L’un des jeux les plus attendus pour cette fin d’année 2026 n’est autre que le remake de The Legend of Zelda: Ocarina of Time. Si certains fans trépignent d’impatience à l’idée de mettre la main sur une version plus moderne de cette aventure, d’autres sont plus sceptiques et doutent que cette version Switch 2 arrivera à surpasser l’original à leurs yeux. Car, en effet, cet épisode de Zelda bénéficie d’une aura presque sacrée dans le cœur de nombreuses joueuses et joueurs. Un statut que très peu de jeux peuvent se vanter d’avoir atteint chez tant de personnes.
Un succès à tous les niveaux
Sorti originellement en 1998 sur Nintendo 64, The Legend of Zelda: Ocarina of Time est le tout premier épisode de la licence à se frotter à la troisième dimension. Un titre très ambitieux pour l’époque, qui a demandé pas moins de quatre années aux équipes de Nintendo et de Shigeru Miyamoto pour arriver au résultat que nous connaissons. Si ce temps de développement paraît plutôt normal aujourd’hui dans la sphère du AAA, les cycles de développement étaient bien plus courts à l’époque, puisque les titres étaient technologiquement moins complexes. Cependant, celui qu’on nommait Zelda 64 s’est fait attendre ; sa période de sortie a été repoussée à de nombreuses reprises au fil des années. Nintendo a mis les moyens sur la table pour laisser le temps à ses développeurs d’offrir un véritable chef-d’œuvre à sa console 64 bits, dont les ventes étaient loin de satisfaire l’entreprise.
C’est après un développement épuisant, et complexifié par un Miyamoto aux idées très ambitieuses et parfois tardives, que le titre débarque à la fin de l’année 98, un peu avant les fêtes. Durant cette période de Noël, de nombreux enfants ont pu découvrir ce qui allait devenir le plus gros succès commercial de l’année, puisque Ocarina of Time s’est écoulé à 2,5 millions d’exemplaires en à peine plus d’un mois. Au total, ce ne sont pas moins de 7,6 millions de cartouches de Zelda qui ont été distribuées durant la vie de la Nintendo 64, ce qui en fait le quatrième jeu le plus vendu de la console. Un chiffre qui paraît petit à côté des 35 millions d’exemplaires vendus de Breath of the Wild, mais n’oublions pas que l’époque était très différente et le public potentiel beaucoup moins large qu’aujourd’hui.
Le titre a durablement marqué le public, mais aussi les journalistes qui le qualifient alors de “révolution”. La presse du monde entier ne cesse de l’encenser, plusieurs rédactions comme Famitsu, IGN ou Console+ lui attribuent la note maximale et, même aujourd’hui, il figure toujours dans les classements des meilleurs jeux de l’histoire et est encore le jeu le mieux noté sur le site Metacritic. Tout le monde semble tomber d’accord, y compris les développeurs et les développeuses du monde entier qui vont prendre des notes.
Il devient un modèle pour les studios du monde entier
Ocarina of Time n’est pas juste l’un des jeux les plus appréciés au monde, sa sortie fut aussi un véritable raz-de-marée au sein même de l’industrie du jeu vidéo. Le titre est arrivé à une époque où le jeu vidéo en 3D était encore nouveau. Le passage à la troisième dimension représentait de nombreux défis, à la fois techniques, mais aussi en termes de game design. Il fallait tout inventer ; personne ne savait comment faire un jeu en 3D qui soit agréable à prendre en main et intéressant à jouer. Il fallait réfléchir à la conception d’un jeu de manière différente. Le jeu de Nintendo a, en réalité, trouvé des solutions à de nombreux problèmes que rencontraient les studios de cette époque.
Bien sûr, Ocarina of Time n’a pas inventé le jeu vidéo en 3D. D’autres sont passés avant lui afin de poser de nombreuses bases. Super Mario 64 ou encore Tomb Raider sont des titres qui avaient déjà proposé différentes manières de mettre au point un jeu à la troisième personne. Mais Ocarina of Time est passé derrière pour affiner tout cela et introduire des mécaniques et techniques qui sont encore utilisées aujourd’hui.
À titre d’exemple, la gestion de la caméra était un sujet particulièrement complexe à l’époque, et, en réalité, de nombreux jeux ont encore des problèmes à ce niveau aujourd’hui. Si, à notre époque, il est tout à fait naturel de contrôler la caméra avec le second stick analogique, celui à droite, c’est une idée qui est apparue durant les années 2000. Car, à l’époque, les manettes des consoles n’avaient souvent même pas un seul stick analogique, à l’exception de la manette Nintendo 64 qui a amené l’idée d’en utiliser un pour réaliser des mouvements à 360 degrés. Résultat : les jeux de l’époque étaient souvent peu pratiques, rigides et difficiles à prendre en main.
Ocarina of Time arrive alors et introduit une idée que vous connaissez sans doute puisqu’elle est toujours présente dans beaucoup de jeux à la troisième personne : le “Z-Targeting” (la “visée-Z” en bon français). Si la caméra est souvent gérée automatiquement par le jeu, le joueur peut cependant la recentrer derrière Link et la “bloquer” à la simple pression du bouton Z de la manette Nintendo 64. En présence d’un ennemi à portée, appuyer sur Z va cibler l’ennemi en question, adaptant les mouvements de Link en fonction de l’ennemi. Cette idée permet à la fois de régler une bonne partie des problèmes de lisibilité liés à la profondeur de la 3D, mais aussi de rendre les combats bien plus agréables, précis et de les mettre en scène tel un duel épique. Comme expliqué dans une édition d’Iwata demande, l’idée fut inspirée par un spectacle avec des ninjas et un samouraï auquel les développeurs du jeu ont pu assister au Toei Kyoto Studio Park.
Ce “Z-Targeting” ne porte plus le même nom aujourd’hui, mais est toujours bien exploité, on pense particulièrement aux nombreux Souls-like qui en ont grandement besoin. C’est loin d’être la seule innovation d’Ocarina of Time puisque le titre introduit également un bouton d’action polyvalent. Engager la conversation avec un personnage, ramasser un objet, grimper à une échelle, faire une roulade, toutes ces actions n’ont pas besoin d’un bouton chacune. À la place, tout est réalisable avec le même bouton, et c’est le jeu qui décide quelle action il est possible de réaliser selon le contexte.
Le titre bénéficie également d’un level design exemplaire, puisqu’il réalise à lui tout seul l’exploit de nous apprendre à jouer à un jeu en 3D. La forêt Kokiri et le premier donjon sont de véritables cas d’école d’apprentissage par le jeu. Pas besoin de pavés de texte pour expliquer les commandes et ce qu’il est possible de faire, le titre vous place dans des situations où vous devrez apprendre et pratiquer par vous-même. Une spécificité peut-être moins appréciable aujourd’hui, à une époque où nous sommes habitués à naviguer dans des espaces en trois dimensions, mais qui en fait un parfait “premier jeu en 3D”.
Une leçon de narration
S’il est un titre au scénario relativement simple, Zelda 64 ne cache pourtant pas ses ambitions narratives. Le titre est rempli de cinématiques mettant en scène ses personnages en reprenant de nombreux codes du cinéma. Rarement un titre de l’époque n’a été aussi ambitieux sur ce point, et il est probable que, sans lui, nous n’aurions pas autant de jeux narratifs aujourd’hui.
Si cet aspect cinématographique fonctionne autant, c’est parce que le titre réalise un véritable travail sur son univers et son immersion. Hyrule est un monde crédible, où habitent différents peuples aux cultures variées et qui ont leur propre histoire. Son univers fantastique va chercher des inspirations dans la vie réelle, dans différentes époques et cultures. Même s’il est dommage de constater que ces inspirations peuvent être très clichées, le titre s’approprie des cultures réelles de manière très maladroite (on pense particulièrement aux Gerudo).
Le titre fascine encore aujourd’hui grâce à sa direction artistique et à son atmosphère si particulière, renforcée par la présence d’un cycle jour/nuit. Loin d’être toujours très joyeux, Ocarina of Time se permet des moments d’errance, des ambiances plus mystérieuses. Une direction peut-être prise par nécessité face à un jeu qui propose des espaces souvent assez vides à cause des limitations techniques de l’époque. À la manière du brouillard du premier Silent Hill, qui servait surtout à cacher la distance d’affichage ridicule du jeu, et qui est ensuite devenu un élément récurrent de la licence, Ocarina of Time a peut-être adopté une ambiance plus solitaire et mystique pour cacher ses défauts.
Zelda entre encore dans la légende
Il serait malhonnête d’attribuer la création des cinématiques ou du jeu d’aventure à la troisième personne à Ocarina of Time, puisque d’autres jeux avaient déjà tenté ces expériences avant lui. Mais c’est bien Zelda 64 qui a su perfectionner ces pratiques et les rendre plus agréables que jamais. Son succès commercial et critique a fait atterrir le titre dans les mains de nombreux artisans du jeu vidéo. C’est bien de lui que les développeurs du monde entier se sont inspiré, et si vous ne me croyez pas, vous croirez peut-être la parole de plusieurs grands noms de l’industrie.
Dans une interview donnée au New York Times en 2012, Dan Houser, l’un des cofondateurs de Rockstar et créateurs de Grand Theft Auto, s’est exprimé en disant que chaque jeu en 3D s’inspire des Mario et Zelda de la Nintendo 64. En 2016, c’est Hidetaka Miyazaki, le papa des Dark Souls, qui s’exprimait sur le site de Rolling Stone, en affirmant que Zelda est devenu un manuel d’instruction pour concevoir un jeu en 3D.
Les exemples sont nombreux et ce qui est certain, c’est que sans l’influence d’Ocarina of Time, le jeu vidéo d’aujourd’hui serait bien différent.










