Annoncé lors du dernier Nintendo Direct et sorti dans la foulée, Dragon Quest Heroes: Torneko‘s Mystery Dungeon est de retour dans une nouvelle version nous permettant de découvrir le pionnier des jeux “donjon mystère”. Le spin-off de la licence de Square Enix met en scène un personnage déjà connu des fans dans une formule qui a touché d’autres licences par la suite. Sans pour autant être une refonte totale du jeu original, cette version “Classic HD” propose une belle remise au goût du jour et quelques ajouts bien sympathiques.
À retenir
- Le jeu original de 1993 est le tout premier « donjon mystère » disponible pour la première fois en Europe.
- Ce remaster propose des décors retravaillés en 3D, ainsi que des options pour rendre l’aventure rogue-like plus accessible.
- Le gameplay est exigeant et addictif, mais le jeu souffre de nombreux petits défauts.
Aujourd’hui, il est probable que l’appellation “donjon mystère” ne vous évoque plus grand-chose. Il s’agit pourtant d’une déclinaison du genre des dungeon crawlers que des millions de personnes ont pu essayer durant les années 2000 grâce à la licence Pokémon. En effet, durant les années 90, le studio japonais Chunsoft imagine une formule mélangeant RPG et rogue-like, où le but est de parcourir des donjons générés procéduralement. Dans les années qui suivent, cette même formule sera adaptée pour plusieurs licences, dont Final Fantasy et Pokémon. Mais le tout premier jeu de la formule “donjon mystère” n’est autre que ce spin-off de Dragon Quest paru sur Super Nintendo en 1993 : “Torneko‘s Mystery Dungeon”.
Dans cet épisode, nous incarnons Torneko le marchand, l’un des personnages principaux de Dragon Quest IV. En compagnie de sa femme et de son fils, Torneko décide d’ouvrir un magasin dans un petit village qui a attiré son attention grâce à une rumeur persistante. Ce dernier est situé non loin d’un donjon mystérieux qui renfermerait un trésor que personne n’aurait réussi à ramener à la surface. Torneko part alors en expédition dans ce donjon dans le but de trouver ce trésor et de ramener de l’équipement et de l’argent pour son commerce par la même occasion.
Très inspiré par Rogue, le père de Hades ou The Binding of Isaac, la quasi-intégralité du jeu se déroule dans des donjons générés aléatoirement. Entre nos expéditions, nous pouvons passer du temps dans notre boutique qui grandit au fur et à mesure que l’on rapporte de l’argent. L’occasion de parler à de nombreux personnages qui donnent des conseils particulièrement utiles… mais pas dans notre langue. Le titre n’est malheureusement pas traduit dans la langue de Molière et se contente de textes en anglais et en japonais.
En exploration, nous évoluons dans un labyrinthe où nous partons de zéro (Torneko commençant au niveau 1 et avec un sac vide à chaque fois que nous entrons dans le donjon). Le but est de survivre à chaque étage et de trouver l’escalier qui mène au suivant, jusqu’à atteindre le trésor que Torneko convoite. En plus de notre barre de vie et de notre pourcentage de faim qu’il faut prendre en compte, des ennemis, des pièges et des objets vous attendent à chaque étage, eux aussi choisis aléatoirement. La gestion de notre inventaire est tout aussi primordiale puisque ce dernier est limité à 20 objets, parmi lesquels peuvent se trouver des armes et boucliers, des objets de soin, de la nourriture et même des parchemins permettant d’utiliser certaines magies récurrentes de la licence.
Comme tout “donjon mystère”, le jeu se déroule avec un système au tour par tour sur une grille. Chacun de nos déplacements et chacune de nos actions coûte un tour durant lequel les ennemis de la zone agissent également. Si le principe est plutôt simple, plusieurs subtilités viennent s’y greffer, comme les déplacements en diagonale ou la possibilité de passer un tour pour reprendre un point de vie, action qui peut être répétée autant de fois que désirée mais qui nous met à la merci des ennemis. La formule “donjon mystère” est particulièrement réussie, et plus profonde que ce qu’on pourrait imaginer au premier abord.
Dès le départ, le titre se révèle très corsé et parfois impitoyable, nous forçant à réfléchir à chacune de nos actions pour réussir à survivre assez longtemps. Une grande partie de cette difficulté provient en réalité de notre manque de connaissance du jeu. La chance reste un facteur essentiel pour pouvoir progresser sereinement grâce à de l’équipement et des objets utiles, mais il faudra aussi expérimenter, car connaître nos options est tout aussi important. Savoir quand ou comment utiliser un objet, comprendre les pièges et les ennemis, toutes ces informations sont essentielles.
Ce Dragon Quest Heroes est une expérience old-school; entendez par là que toutes ces informations ne nous sont pas données et qu’il faut parfois faire des déductions selon les résultats de nos actions. Il faut apprendre par l’essai et l’erreur. Les débuts sont donc plutôt rudes, mais une fois les bases intégrées, la progression paraît plus naturelle.
La progression peut être encore plus rapide grâce aux nouveaux modificateurs ajoutés dans cette remasterisation. Le menu option propose d’augmenter ou de diminuer l’argent récolté, l’expérience gagnée, le taux d’apparition des objets et ennemis… En contrepartie, certains succès ne se débloquent pas, et notre score n’est pas enregistré, mais ces options sont redoutables pour alléger la frustration ressentie lors de la découverte du jeu. Peut-être un peu trop redoutable, puisqu’elles permettent de littéralement terminer le jeu dès notre première exploration. La difficulté est à la carte, de même que la durée de vie du titre qui dépend grandement de notre chance.
Torneko‘s Mystery Dungeon bénéficie d’un joli travail de remasterisation en apportant des améliorations techniques modernes comme l’affiche en 16:9, mais aussi une véritable refonte des décors. Si le pixel art utilisé sur les personnages est identique à celui de la version originale, ce remaster ajoute de la profondeur puisque les décors sont désormais en 3D. Un mélange de style charmant qui rappelle certaines productions du genre à l’époque de la PS1. Ce remaster va même chercher quelques inspirations du côté des titres “HD-2D” du catalogue de Square Enix en ajoutant par exemple quelques effets de lumière ou de particules. Attention, la quantité de travail fourni n’est certainement pas la même que pour les remakes de trois premiers Dragon Quest, mais l’ensemble reste très propre et agréable à l’œil.
Il est pourtant regrettable de voir que le titre n’offre pas une grande diversité dans ses décors et dans la structure de ses donjons. Cette diversité existe puisque l’ambiance du donjon change à chaque fois que nous traversons quelques étages, mais il s’agit plus d’un changement d’habillage que d’un véritable nouvel “endroit” à visiter. Ces changements d’habillage ont au moins le mérite de proposer de nouveaux thèmes musicaux, plutôt sympathiques et bien dans le style de la série.
Ce manque de diversité est aussi un vilain défaut de la formule “donjon mystère”, puisque les parties se ressemblent vite au bout de quelques heures. S’il est assez répétitif, il reste pourtant particulièrement addictif grâce à sa formule qui joue beaucoup sur l’aléatoire et sur sa difficulté, même s’il faut bien l’avouer, elle est parfois très injuste. Le titre souffre de quelques autres petits problèmes, comme un défilement de texte parfois beaucoup trop rapide quand on veut lire certaines informations importantes, et parfois beaucoup trop lent. Torneko‘s Mystery Dungeon n’est pas exempt de défaut, mais reste une expérience prenante. Un titre impitoyable, mais aussi délicieusement tactique qui donne envie d’y retourner.







