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Frais supplémentaires, entrepôts européens, promotions : comment Temu, AliExpress et Shein se sont adaptés aux droits de douane

par Etienne Froment, publié le 20.09.2026 à 22h06

Plus de deux mois après l’instauration du nouveau droit de douane européen sur les petits colis, les effets sont désormais bien visibles. Temu et AliExpress répercutent directement une partie de ces coûts sur leurs clients, tandis que Shein, grâce à son ancrage logistique en Europe, semble avoir opté pour une autre stratégie. Mais chez ce dernier, un autre changement attire l’attention : les promotions se font bien plus rares et moins généreuses.

À retenir

  • Temu et AliExpress affichent désormais des frais supplémentaires sur de nombreux produits expédiés depuis la Chine
  • Shein, de son côté, dispose d’une solide infrastructure logistique en Europe, avec notamment un hub majeur en Pologne, ce qui rend les frais de 3 € bien moins perceptibles pour le consommateur
  • En revanche, nos observations révèlent une forte réduction de l’attractivité des coupons : des remises autrefois accessibles dès quelques dizaines d’euros exigent désormais des paniers dépassant souvent 120 ou 130 €

Depuis le 1er juillet 2026, les marchandises de moins de 150 € expédiées vers l’Union européenne depuis un pays tiers ne bénéficient plus de l’exonération douanière. Un droit forfaitaire temporaire de 3 € est désormais appliqué, en fonction du classement tarifaire des produits dans le colis. Cette mesure restera en place jusqu’en juillet 2028, avant une nouvelle évolution du système.

Sur le papier, Temu, AliExpress et Shein sont tous concernés. En pratique, après plusieurs semaines d’application, leurs réponses diffèrent clairement.

Temu ne cache pas les frais… et les fait largement payer au client

Le cas de Temu est sans doute le plus spectaculaire. Lors de notre test précédent, un panier de 43,12 € s’est vu greffé de 29,04 € de frais d’importation.

Temu a pris en charge 8,71 € de cette somme, laissant 20,33 € à la charge du client, pour un total de 63,45 €. La plateforme affiche ces frais avant le paiement, avec une présentation astucieuse : le montant initial est barré, et un encadré vert met en avant la part « prise en charge » par Temu. Le client a ainsi l’impression de bénéficier d’une réduction, alors qu’il supporte tout de même une part importante du coût supplémentaire.

Les conditions générales de Temu précisent d’ailleurs explicitement que le montant final peut inclure droits de douane, TVA et autres frais de dédouanement.

AliExpress suit une logique assez similaire

Chez AliExpress, nos essais ont abouti à un constat proche. Sur une vingtaine de produits testés entre AliExpress et Temu, très peu étaient expédiés depuis un entrepôt européen.

Un détail crucial : le droit instauré en juillet ne concerne que les ventes à distance de marchandises de faible valeur importées depuis hors de l’UE. Un produit déjà stocké dans l’Union européenne n’est donc pas soumis aux mêmes contraintes au moment de l’achat, car son importation a déjà été effectuée en amont.

Pour les produits toujours expédiés depuis la Chine, Temu et AliExpress restent donc fortement exposés à ce nouveau système.

Il ne faut pas en conclure que les produits stockés en Europe échappent magiquement aux droits de douane. Les marchandises importées en gros doivent également respecter les règles douanières. La différence réside surtout dans la manière dont le coût est intégré et dans ce que voit le client au moment de passer commande.

Shein a misé sur la logistique pour contourner les taxes douanières

C’est précisément sur ce point que Shein se distingue. La plateforme n’a pas attendu juillet 2026 pour développer son réseau logistique en Europe.

Shein possède notamment des centres de distribution à Wrocław (Pologne) et Stradella (Italie). Fin 2025, le groupe a inauguré un gigantesque hub logistique à Wrocław (Pologne) présenté comme son principal centre européen. À pleine capacité, ses installations dans la région doivent atteindre 740 000 m².

Cela ne signifie pas que tous les vêtements commandés sur Shein proviennent désormais de stocks européens. Mais cette infrastructure permet à l’entreprise de regrouper les importations, de stocker localement certains produits et de réduire sa dépendance au modèle historique d’envoi individuel depuis la Chine.

D’ailleurs, dès l’entrée en vigueur de la mesure, Reuters soulignait que ces nouvelles règles poussaient les plateformes à revoir leur logistique, notamment en développant davantage leurs opérations en Europe.

Chez Shein, les coupons sont surtout devenus beaucoup moins intéressants

Cependant, un autre changement, plus discret, s’observe chez Shein : les promotions ne sont plus aussi avantageuses qu’avant.

Lors de nos précédents achats, il était fréquent d’obtenir 15 à 25% de réduction sur des paniers de 30 à 50 €, voire 30% lors d’opérations spéciales. Ces coupons constituaient une part majeure de l’attrait de la plateforme : un panier de 40 € avec une remise de 25% revenait ainsi à 30 € seulement.

Aujourd’hui, le paysage a changé. Les coupons intéressants se font plus rares, et les seuils minimums ont fortement augmenté. Il faut désormais souvent atteindre 120 ou 130 € d’achats pour prétendre à une réduction qui peut se limiter à 15 %.

L’exemple est frappant : auparavant, 40 € d’achats pouvaient coûter réellement 30 € avec un coupon de 25%. Aujourd’hui, ces mêmes 40 € restent souvent à 40 €.

Impossible d’affirmer avec certitude que les nouveaux droits de douane sont directement responsables de cette évolution. Shein ne communique pas officiellement sur un lien entre sa politique de coupons et la réforme européenne. Mais pour le consommateur, le résultat est le même : le prix réellement payé est plus élevé qu’avant, même lorsqu’aucune ligne « frais d’importation » n’apparaît dans le panier.

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A propos de l'auteur

Etienne Froment

Fondateur et rédacteur en chef de Pixel Replay, Etienne Froment est professeur de journalisme en haute école et spécialiste de l’IA, du Web, des jeux vidéo et des télécoms.
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