Et si les antennes 5G pouvaient aussi surveiller le ciel ? Ericsson et l’opérateur public finlandais Erillisverkot viennent de tester à Helsinki une technologie capable de détecter, localiser et suivre des drones grâce aux infrastructures du réseau mobile. Baptisée ISAC, elle pourrait compléter les radars traditionnels autour des ports, frontières ou infrastructures critiques, et intéresse déjà directement les acteurs de la défense.
À retenir
- Ericsson et Erillisverkot ont testé du 16 au 18 septembre 2026 la détection de drones par réseau 5G dans le port de Vuosaari, à Helsinki.
- La technologie ISAC analyse les réflexions des signaux radio et peut suivre un drone même lorsqu’il n’est pas connecté au réseau.
- Son principal intérêt est de réutiliser une partie des infrastructures télécoms existantes, mais la technologie reste expérimentale et doit compléter plutôt que remplacer les systèmes de détection classiques.
Les antennes d’un réseau mobile ne serviraient donc bientôt plus seulement à connecter smartphones et objets connectés. Lors d’une démonstration organisée du 16 au 18 septembre à Helsinki, Ericsson et Erillisverkot, l’entreprise publique chargée des communications critiques en Finlande, ont montré qu’un réseau 5G pouvait également servir de système de détection. Un essai en conditions réelles a notamment été mené dans le port de Vuosaari.
L’objectif est particulièrement intéressant face aux petits drones volant à basse altitude. Certains appareils sont difficiles à repérer sur de grandes zones, notamment lorsqu’ils ne sont pas connectés à un réseau et n’émettent pas eux-mêmes de signal radio exploitable. C’est précisément sur ce problème que travaille la technologie ISAC, pour « Integrated Sensing and Communication ».
Comment ça marche ?
Le principe consiste à utiliser les signaux radio déjà émis par le réseau mobile comme une forme de capteur. Lorsqu’une onde rencontre un objet en mouvement, une partie du signal est réfléchie. En étudiant ces réflexions, le système peut déterminer la présence d’un objet, puis estimer sa position, sa vitesse ou encore sa direction.
Ericsson combine pour cela ses équipements 5G Massive MIMO, capables d’orienter précisément leurs faisceaux radio, avec du traitement du signal, des capacités de calcul en périphérie du réseau et des logiciels spécialisés. Plusieurs points du réseau peuvent recueillir simultanément les informations, afin d’obtenir une vision plus large de la zone surveillée.
Autrement dit, une partie des infrastructures télécoms déjà présentes pourrait devenir un vaste réseau de capteurs distribués. Ports, aéroports, frontières, centrales, événements publics ou installations sensibles font partie des cas d’usage envisagés.
La technologie ne nécessite surtout pas que le drone coopère. Un appareil dépourvu de carte SIM ou de connexion 5G peut théoriquement être repéré grâce à la réflexion des ondes. C’est une différence importante avec les solutions reposant sur l’identification ou les communications émises directement par l’appareil.
Ericsson avait déjà réalisé une démonstration comparable avec AT&T aux États-Unis en juillet. Des antennes Massive MIMO existantes avaient alors permis de détecter et suivre plusieurs drones volant autour d’un stade au Texas.
Une intégration rapide sur le champ de bataille ?
Sur le papier, la technologie présente un intérêt évident pour les armées. Les drones de petite taille sont devenus un élément central des conflits modernes, que ce soit pour la reconnaissance, la surveillance ou les attaques. Transformer des équipements télécoms en capteurs supplémentaires pourrait donc renforcer la connaissance de la situation aérienne sans installer un radar dédié à chaque emplacement.
L’Union européenne suit d’ailleurs directement cette piste. Dans son plan d’action publié en février 2026 sur la sécurité face aux drones, la Commission explique que l’ISAC pourrait transformer les antennes 5G et de nouvelle génération en capteurs comparables à des radars, capables de localiser des objets volants non identifiés. Elle évoque même des déploiements à court terme autour de certains sites critiques.
Cela ne signifie toutefois pas qu’un réseau mobile peut immédiatement remplacer un radar militaire. Ericsson présente lui-même l’ISAC comme une technologie complémentaire aux systèmes existants. Les premiers déploiements devraient surtout concerner la défense et la sécurité publique, tandis qu’une commercialisation plus large est attendue avec la montée en puissance de la 6G.
Une utilisation sur un véritable champ de bataille pose également d’autres contraintes. Les antennes doivent être alimentées, reliées au réseau et suffisamment protégées. Dans une zone où les infrastructures télécoms sont détruites, brouillées ou ciblées, leur disponibilité ne peut évidemment pas être garantie.
L’intérêt pourrait donc apparaître en premier lieu autour des bases militaires, frontières, ports, aéroports et infrastructures stratégiques disposant déjà d’une couverture mobile robuste. Dans ces environnements, l’ISAC pourrait ajouter une nouvelle couche de surveillance à des équipements déjà installés.
À plus long terme, la frontière entre réseau télécom et système de détection pourrait ainsi devenir beaucoup moins nette. Avec la 6G, une antenne ne servirait plus uniquement à transmettre des données : elle pourrait également observer une partie de son environnement.







