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Ninja Theory sur le point de fermer : aucun repreneur n’a été trouvé

par Etienne Froment, publié le 22.09.2026 à 21h07

Ninja Theory pourrait disparaître après 26 ans d’existence. Microsoft a officiellement lancé une consultation en vue d’une fermeture du studio britannique, après l’échec de deux accords visant à le céder. Derrière cette décision se cache l’un des parcours les plus singuliers du jeu vidéo moderne, de Kung Fu Chaos à Hellblade, en passant par Heavenly Sword et DmC: Devil May Cry.

À retenir

  • Microsoft envisage la fermeture de Ninja Theory après l’échec de deux tentatives de cession du studio.
  • Fondé en 2000, le développeur de Cambridge s’est bâti une réputation autour de jeux ambitieux comme Heavenly Sword, Enslaved, DmC et Hellblade.
  • Son éventuel démantèlement est particulièrement symbolique, huit ans après son rachat par Microsoft, qui lui promettait alors davantage de ressources et de liberté créative.

Dans le cadre de la vaste restructuration de Xbox, Matt Booty, responsable du contenu de la division, indique que deux accords distincts concernant Ninja Theory ont échoué. Microsoft va donc engager une consultation avec les salariés en vue d’une éventuelle fermeture, tout en affirmant continuer à explorer d’autres solutions. La disparition du studio n’est donc pas encore juridiquement actée, mais elle est devenue une hypothèse sur le point de se concrétiser.

De Just Add Monsters à Ninja Theory

L’histoire débute en mars 2000, à Cambridge. Tameem Antoniades, Nina Kristensen et Mike Ball fondent alors Just Add Monsters, avec très peu de moyens. Quelques mois plus tard, l’entreprise est rachetée par Argonaut Games, ce qui permet à l’équipe de s’agrandir et de développer Kung Fu Chaos.

Sorti sur Xbox en 2003, ce jeu de combat demeure commercialement discret, mais marque déjà le début d’une relation étonnamment ancienne avec Microsoft. Lorsque les difficultés d’Argonaut conduisent à sa disparition, l’équipe reprend son indépendance et adopte, en 2004, le nom de Ninja Theory.

Le studio change ensuite d’échelle avec Heavenly Sword. Sorti en 2007 sur PlayStation 3, le jeu s’impose comme l’une des vitrines technologiques des débuts de la console de Sony. Ninja Theory mise déjà énormément sur la mise en scène cinématographique, la capture de performance et le jeu d’acteur, en collaborant notamment avec Andy Serkis.

Cette obsession pour la frontière entre cinéma et jeu vidéo devient progressivement sa marque de fabrique.

En 2010 arrive Enslaved: Odyssey to the West, adaptation très libre de La Pérégrination vers l’Ouest dans un univers post-apocalyptique. Le jeu séduit une partie de la critique sans jamais devenir un succès commercial majeur. Trois ans plus tard, Ninja Theory reçoit une mission encore plus délicate : réinventer Devil May Cry pour Capcom.

DmC: Devil May Cry divise fortement les fans, en particulier à cause de sa nouvelle version de Dante, mais confirme la capacité du studio à reprendre une licence établie tout en lui imprimant une identité visuelle et narrative très différente.

Hellblade, le tournant décisif

Le véritable tournant intervient toutefois en 2017.

Avec Hellblade: Senua’s Sacrifice, Ninja Theory tente un pari inhabituel : produire avec une équipe réduite un jeu visuellement proche des standards AAA, mais avec un budget et une structure bien plus légers. Une quinzaine de développeurs travaillent initialement sur le projet.

Hellblade explore la psychose à travers son héroïne Senua, avec l’appui de spécialistes des neurosciences et de personnes directement concernées. Le travail sonore binaural, la performance de Melina Juergens et la direction artistique confèrent au titre une identité immédiatement reconnaissable.

Le succès critique est au rendez-vous. Hellblade remporte notamment plusieurs BAFTA et Game Awards, et démontre qu’un jeu relativement compact peut atteindre une qualité de production spectaculaire sans reproduire le modèle économique classique des blockbusters.

C’est précisément ce studio que Microsoft décide de racheter en 2018.

À l’époque, le discours est presque l’exact opposé de la situation actuelle : Xbox assure que l’acquisition permettra à Ninja Theory de préserver sa créativité tout en bénéficiant des ressources nécessaires pour concevoir des projets encore plus ambitieux.

De l’expansion à la menace de fermeture

La période Microsoft donne d’abord naissance à Bleeding Edge en 2020, une expérience multijoueur assez éloignée des productions narratives du studio, puis surtout à Senua’s Saga: Hellblade II en 2024.

Ce deuxième Hellblade pousse encore plus loin la recherche technologique du studio. Ninja Theory explique qu’environ 80 développeurs ont travaillé sur le jeu, avec de la photogrammétrie, des lieux islandais reproduits à partir de données réelles et un recours massif à la performance capture.

Hellblade II est salué pour sa réalisation, mais son format volontairement resserré et son positionnement atypique rendent son impact commercial difficile à comparer à celui des grandes franchises Xbox. Le jeu arrive également directement dans le Game Pass, ce qui rend ses ventes traditionnelles peu représentatives de son audience réelle.

Deux ans plus tard, le contraste est néanmoins brutal. Microsoft cherche désormais à réduire fortement le nombre d’entités qu’il exploite directement. Compulsion Games, Double Fine et Undead Labs ont déjà quitté le groupe dans le cadre de cette restructuration. Pour Ninja Theory, Xbox a tenté de trouver une issue similaire, mais deux accords ont échoué.

Si aucune autre solution n’émerge, Ninja Theory pourrait donc disparaître alors même que son rachat devait théoriquement lui apporter une stabilité qu’un studio indépendant peine à obtenir.

En parallèle de cette annonce, on apprend que Microsoft a opéré une réorganisation complète de ses activités Xbox.

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A propos de l'auteur

Etienne Froment

Fondateur et rédacteur en chef de Pixel Replay, Etienne Froment est professeur de journalisme en haute école et spécialiste de l’IA, du Web, des jeux vidéo et des télécoms.
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